In the mood for gin

Egypte – Le Caire – Mars 2004
Quartier Zamalek – Café Euro Déli (on y fait de très bons Vanilla Shake)

Pas grand chose de trépidant cette semaine sinon nous nous en rappellerions tous. Comme d’habitude, tout se concentre vers le week-end.

Rendez-vous chez Hidia et Vanessa jeudi soir, je suis tout fou, c’est ma sortie de la semaine et en plus je connais déjà quelques personnes.

Au pied de chez elles, salam aleikoum au gardien, pour une fois il ne dort pas et il vaut mieux marquer quelques points au cas-où nous rentrerions bien minables tout à l’heure…

Accueil ultra-froid d’Hidia, grosse suée, je prends un gin tonic cul sec direct pour oublier. C’est son personnage, on verra ça plus tard, faudrait pas merder la seule sortie de la semaine.

Najla et sa tante sont dans la place, deux égyptiennes, je sors 2-3 phrases en arabe, ça les ambiance, on s’ambiance. Un peu fort le ginto quand même, mais il me semble avoir une théorie comme quoi le gin ne donne pas une haleine trop alcoolisée. Je me surprends à être fier de penser à respecter la gente féminine arabe. Je me surprends à me surprendre de me lancer des fleurs. Un peu fort le ginto.

On me présente deux italiens, Lucas et Léonardo, ainsi qu’un américain, Matt, qui fait le tour du monde avec son saxophone. Il s’est fait happer par Le Caire et pour l’instant y est resté douze mois de plus que les deux initialement prévus. Sa vie : jouer du saxophone, c’est un peu chaud au Caire, il n’y a que quatre ou cinq clubs potentiels mais il survit. Même qu’il comprend mon anglais de début de soirée.

Ils font chier les expats, ils ont des grosses bouteilles de bons alcools, merci le duty free.

Je me balade dans le quatre pièces et j’ai du flair : ça roule du bédo dans la chambre. Léo m’explique sa technique pour baisser les prix au souk C’est combien? 30 Egyptian Pounds. Ah j’ai que 5. Ok 25. J’ai que 5. Ok 15. Ok pour 15. Sur le coup, ça me parait lumineux, bien que mon passé d’enfant de choeur bloque sur la partie mensongère de la négociation, mais bon, en supprimant je n’ai que, je valide.

Une égyptienne veut emmener tout le monde aux Pyramides demain ; je n’ose pas lui dire que je vais sûrement me mettre ma race et donc me lever tard.

Un départ s’organise, on bouge chez Anne-Lise et Emilie qui organisent une fête dans un autre quartier du Caire. Grosse mission : guider les trois taxis dans une rue qu’on ne connait pas, c’est le brin, Vanessa s’énerve, je me marre.

Relax Vaness’, viens, passe ta tête par la portière toi aussi… Laisse les rues défiler, ferme les yeux, sens moi cet air chaud sur ton visage, ces odeurs de crasse et d’épices… Viens on s’en fout, on rit… silencieusement… ivres…

Arrivée chez Emilie, là c’est vraiment le boxon : au moins 50 personnes dans 70m2 avec du son à balle.

Je tombe direct sur le premier dingo de la place : un gars qui veut trouver des sosies de Claude François, appeler Michel Drucker et faire une émission avec pleins d’ambassadeurs dans sa ville natale à 200 kms au nord du Caire, j’ai pas compris où. Mon dieu, les planètes du gin tonic sont alignées, ça doit être ça l’effet que ça fait de prendre des cachetons en soirée.

Ya du gros son, bon trip sur Peace Frog, je sors ma air guitar, Anne-Lise attention, je demande en mariage toutes les femmes qui connaissent ce morceau, j’appelle Steph’ dans les chiottes, culpabilise de lui hurler des trucs incompréhensibles à 2h du matin à 3’200 kms de là, arrive Sympathy For The Devil et là c’est décidé, je suis un percussionniste sans sa percu et me mets à chercher activement lentement la darbouka dans tout l’appart, mais impossible, je ne trouve que de la bière et de la vodka. En même temps, je ne risque pas de trouver la percu dans le frigo. Mon pote Vibie eût été là, il m’aurait rappellé qu’un frigo peut avoir aussi une bonne basse si on tape bien là où il faut.

Rencontre avec Kevin sur le balcon, au revoir à Léonardo qui fait caca mou et Najla et sa tante qui ne sont pas des masses à l’aise dans ce bordel d’expats.

L’expatrié, le français, le blanc, devient arrogant plus ou moins subtilement avec l’alcool s’il ne l’est pas déjà à jeun. Il oublie que c’est lui l’étranger, il a ses quatre murs, il fait une soirée entre consanguins pour inverser l’intégration à laquelle il se confronte au quotidien : ce soir, c’est aux égyptiens de s’adapter au son et aux alcools trop forts, aux discussions meuglées sur Michel Drucker.

Ca reste inconscient, mais face aux sourires et au revoir gênés des deux égyptiennes, certains pourraient être surpris de penser à une cynique adaptation communautariste de Faut pas jouer les riches, quand on n’a pas le sou.